Mme P., couturière

Mme P., couturière

Expérience d’une couturière

Cela fait maintenant 2 longues années que je suis en procédure, et je m’encourage car selon la jurisprudence mise à disposition sur internet, ça peut durer jusqu’à 7 années. Depuis 19 ans, il n’y a eu que 34 femmes en Suisse romande, qui ont osé ou plutôt supporté de mener jusqu’au bout le combat pour le respect de leurs droits.

Jusqu’à 40% de salaire en moins

En partant d’un constat simple : comme couturière-retoucheuse, avec mes 3 autres collègues, toutes qualifiées (CFC) et ayant un bagage professionnel important, nous sommes toutes payées 30 % à 40% de moins qu’un homme sans réelle qualification (formé sur le tas), et pour l’exécution d’une tâche supérieure à la sienne.

Mieux payé déjà pendant la formation

Malgré que l’un de nos collègues masculins ait dû être formé pendant une année par tout l’atelier, y compris les femmes, il gagnait déjà 15 % de plus que nous pendant sa formation.

Chaque femme doit intenter sa propre action en justice

Nous constatons que, dans notre atelier, toutes les couturières sont discriminées par rapport à leurs collègues masculins, mais cette Loi n’offre pas la possibilité d’agir collectivement, pour l’ensemble des femmes sous-payées en raison de leur sexe.

Ainsi, chaque femme devra entamer une procédure séparée, longue et coûteuse, sur le dos de la collectivité.

Risque de se faire licencier

Pour savoir si une différence de traitement supposée entre les hommes et les femmes dans une entreprise est réelle ou non, la femme doit déjà s’exposer en entreprenant une première démarche de constatation en suspicion d’inégalité salariale. Elle prend ainsi le risque se faire licencier, comme moi, sans avoir seulement entamé une réelle action concrète.

Les illusions font place à la déception

Au départ, j’étais pleine d’illusions. Mais au fil de cette procédure, je ne peux faire qu'un constat amer et de profonde désillusion au niveau des instances judiciaires cantonales :

  • Une méconnaissance (volontaire ou non) de cette Loi de la part du Tribunal vaudois, de ses règles de procédure particulières quant au bon déroulement de l’instruction de ces causes, a été largement référencée dans la jurisprudence mise en ligne sur le site www.LEG.ch.

  • Aucune mise en garde n’a été prononcée à l’encontre de mon ancien employeur concernant les propos humiliants, blessants et même carrément insultants à mon encontre, contenus dans les «motifs de licenciement» fournis par lui ; car selon le tribunal, proférer de tels propos, je cite: «cela fait partie du jeu de la procédure».

  • Ni sur la production démesurée et hors de propos de «preuves» et d’allégations uniquement destinées à «noyer le poisson ».

  • Refus de mon ancien employeur de toute expertise métier et expertise en égalité, ayant pour but de démonter les réelles différences de qualité et de difficulté dans l’exécution des tâches produites par les femmes par rapport à celles produites par les hommes, au sein de cette entreprise.

  • La partie adverse exige que tous les faits soient soumis aux seuls témoignages de leurs employées et employés, soit 23 témoins et jusqu’à 943 interventions (pour une simple couturière).

  • Ces anciens collègues, des femmes, pour la plupart seraient donc prêtes à témoigner contre moi de faits qui sont faux, et vont à l’encontre de la Loi sur l’égalité des salaires; simplement parce que leur patron fait pression sur elles.

  • Exemple d’un témoignage apporté à la barre: « la formation de couturière est plus facile à apprendre que celle de tailleur » alors que d’une part IL N’Y A PAS DE TAILLEURS DANS CET ATELIER, et que d’autre part, les formations de créateur ou créatrice de vêtement CFC (nouvelles appellations pour « couturière » ou « tailleur ») sont reconnues équivalentes sur le site officiel de la Confédération « Orientation.ch ».

  • J’aurais travaillé soi-disant, « pieds nus dans de grosses chaussures », et là, on se retrouve directement projetés dans « Les misérables », avec Cosette, les Ténardier et Jean Valjean.

  • Depuis 6 ans que je travaillais dans cet atelier à la pleine satisfaction de mon employeur (du moins si l’on se fie aux rapports de travail intermédiaires visés par la direction), « on » aurait brusquement remarqué ce détail APRÈS que j’aie demandé une revalorisation de mon salaire au sens de la LEg.

  • Cette affirmation est de la pure diffamation ; mais même si elle était fondée, je ne crois pas avoir lu dans le texte de la Loi des mentions concernant les chaussures des employés ; mais bien l’exigence de l’équivalence des salaires hommes-femmes par rapport à l’équivalence des tâches et des qualifications.