Résultats de l’enquête dans les soins

Une soignante avec une patiente

La plupart des soignant-e-s veulent abandonner leur métier. Ils/elles sont épuisés par la pénurie de personnel, la pression des économies et le manque de temps libre. Il faut un financement équitable des soins et un dialogue entre le personnel, ses syndicats et les associations patronales.

Depuis décembre 2018, Unia a réalisé deux grandes enquêtes dans les soins et l’accompagnement. Les résultats de la première, sur le quotidien professionnel des soignants, étaient alarmants. Nous avons donc cherché à en savoir plus dans la deuxième. Les résultats de cette enquête sur les causes du malaise seront analysés d'ici la fin de l’année et publiés dans un Livre blanc sur les soins.

Voici ce que montre l'enquête sur le quotidien professionnel dans les soins: plus de 60% des personnes interrogées ont moins de 30 ans et près de la moitié sont actives dans les soins depuis moins de six ans, mais 47% d’entre elles disent clairement ne pas vouloir continuer dans leur métier jusqu’à l’âge de la retraite!

Des charges trop lourdes, des conditions de travail insatisfaisantes

Ce manque de perspectives d’avenir s’explique par les trop lourdes charges dues aux mauvaises conditions de travail et par les problèmes de santé liés au travail. Une infirmière (30 ans): «Pourtant, malgré le travail difficile dû aux horaires, à la charge importante qui nous font cumuler les heures supplémentaires […], c'est un métier qui pourrait être fabuleux. J'ai pas envie d'en changer mais je ne veux pas y laisser ma santé ou mes projets de vie.»

Le stress nuit au corps et à l’esprit

Les soignant-e-s souffrent de troubles de la santé, aussi bien sur le plan physique et que psychique. Le stress au travail concerne 70% des personnes interrogées. 86% se sentent régulièrement fatiguées et épuisées. 72% déclarent souffrir de troubles physiques liés au travail. Une ASSC (30 ans), f: «J’aime mon métier car le contact humain est enrichissant et j’apprends beaucoup de nos anciens […]. Parfois, en fonction de mon planning, mon travail m’épuise tant physiquement que psychologiquement. D’ailleurs, je ne pourrais pas travailler plus de 70% afin de préserver ma santé.»

Manque de personnel et pression des économies

Beaucoup de soignant-e-s ont choisi ce métier parce qu’ils/elles veulent être là pour les autres. La réalité est tout autre. 87% ne peuvent pas se consacrer suffisamment aux résident-e-s. Le manque de personnel et la pression des économies sont des facteurs qui pèsent sur la qualité des soins. C’est ce qu’affirment 92% des personnes interrogées.

Une assistante en soins et santé communautaire de 23 ans dit à ce propos: «C’est dommage que l’on économise toujours au mauvais endroit. Souvent, le personnel suffit à peine, car dès 19h30, on est seul avec douze résident-e-s. Il est grand temps que les choses changent et que les soins redeviennent humains!»

Beaucoup de travail, peu de vie privée

L’équilibre entre vie professionnelle et vie privée est important pour une vie saine. Mais la vie des soignant-e-s est tout sauf équilibrée. 87% des personnes interrogées relèvent le manque de personnel dans leur entreprise. Cela affecte la planification des services que 65% jugent inéquitable. 77% des soignant-e-s confirment que cela les amène à effectuer des heures en plus ou en moins. 67% considèrent que le travail prend trop de place et qu’il leur reste trop peu de temps pour les loisirs et la famille.

C’est ce que ressent cette infirmière diplômée de 21 ans: «En raison de la flexibilité demandée et de la lourde charge que représente le travail, on n’a plus vraiment le temps ni l’énergie de se consacrer à nos hobbys, à la famille, etc. La vie privée en pâtit.»

Des conditions de travail difficiles sans rémunération correcte

Les conditions de travail difficiles contraignent les soignant-e-s à travailler à temps partiel: le taux d’occupation moyen dans les établissements médico‑sociaux en Suisse est de 72%. Il n’est dès lors pas étonnant que 79% des personnes interrogées considèrent que leur revenu est insuffisant. Quiconque travaille dur doit pouvoir vivre de son salaire! «C’est frustrant de gagner si peu! On ne peut pas vivre de cela, mais c’est un job à part entière et on donne tout pour les autres!», témoigne une infirmière de 54 ans.

Choisir un métier par conviction et par passion est magnifique. Mais c’est dramatique de vouloir l’abandonner en raison de mauvaises conditions de travail. Il y a une nécessité d’agir importante dans les soins.

  • Chiffres clés de l’enquête

    Durée: du 15 octobre 2018 au 31 janvier 2019.
    Forme: sur papier et en ligne, questions fermées avec la possibilité d’ajouter un commentaire.
    Participant-e-s: plus de 2800 personnes dont 1200 employé-e-s d’EMS.
    Métiers: infirmière/infirmier diplômé ES, assistant-e en soins et santé communautaire (ASSC), aides-soignant-e-s, assistant-e-s santé-social et aides en soins et accompagnement (ASA).
    Employeurs: EMS, Spitex et hôpitaux.
    Sexe: 93% de femmes, 7% d’hommes.

Que faire pour améliorer la situation?

Différentes mesures s’imposent du côté des employeurs:

  • Des plans de service et des systèmes d’équipe équitables, ainsi que la suppression de l’annualisation du temps de travail
  • Des salaires équitables qui suffisent pour vivre, aussi en cas de travail à temps partiel
  • Les changements à court terme des plans de service ne doivent pas être gratuits
  • Plus de personnel via des clés d’attribution des postes plus élevées et plus de temps pour les résident-e-s.

Mais ces problèmes doivent être traités à la racine. Unia demande:

  • Une réorganisation du financement des soins.Seule une large discussion politique et sociale permettra à terme un meilleur financement. Mais il est déjà clair qu’il faut d’une part augmenter les rémunérations pour les prestations de soins, et d’autre part que le financement des homes ne se limite pas à la seule occupation des lits.
  • Les associations patronales et d’autres acteurs du domaine de la santé doivent enfin entamer un dialogue d’égal à égal avec le personnel et ses syndicats. Ce n’est qu’en unissant les forces qu’il sera possible de résoudre activement les problèmes de la branche et d’améliorer le financement au niveau politique.